Death Proof : avis
Dire que Grindhouse a été le fruit de nombreux fantasmes est un euphémisme. L’idée de recréer à notre époque un concept porteur de toutes les valeurs (si on peut appeler ça comme ça) du pur cinéma d’exploitation en a fait rêver plus d’un. D’autant plus que cette idée sort tout droit de l’esprit tordu de vrais amateurs du genre : Tarantino et Rodriguez. Cette œuvre régressive a pourtant eu très vite un goût amer.
Pour parler clairement, Grindhouse s’est méchamment planté lors de sa sortie aux USA. L’aspect totalement décalé de l’œuvre (double programme et quelques autres éléments) en a rebuté plus d’un. Le distributeur a même du rédiger une notice pour que les spectateurs ne partent pas à la fin du premier film…
Pour le reste on le sait, dans le reste du monde, on a uniquement droit à un version rallongée des deux films qui constituaient Grindhouse, sans l’aspect double programme donc, et les friandises que constituaient les fausses bandes annonces. Une aberration totale sachant que ça en constituait la substantifique moelle de l’œuvre.
C’est donc une version rallongée de Death Proof qui est sortie il y a quelque temps. Cela en constitue un point fort mais aussi un point faible. Le positif est qu’on a plus de matière à visionner et que les dialogues « tarantinesques » sont plus présents. Mais ce dernier point est aussi la faiblesse du film tant ceux-ci sont longs et charcutent donc le rythme enlevé du Death Proof qu’on aurait du avoir sous les yeux. Ce film devait être un élément de l’œuvre festive qu’aurait du être Grindhouse. Il devait être vu dans un certain contexte. Celui-ci n’est plus, et de ce fait, le dernier film de Tarantino a perdu une partie de son charme.
Ces fameux dialogues sont comme une signature de Tarantino même si ces derniers sont étrangement très portés sur le sexe (Tarantino fan de sex & the city ?). Le coté faussement rétro (par la musique évidemment mais aussi par ces faux raccords, sautes d’images, et la colorimétrie délavée), les nombreux plans sur les pieds des pin-up du film (fétichiste !) et le coté référentiel (voir autoréférentiel, je vous laisse le plaisir de le découvrir) sont aussi là pour nous marteler dans la tête le nom de cet ancien loueur de cassettes. Ils donnent à ce film une forme de fan-movie faisant du pied (toujours cette histoire de pieds) aux connaisseurs. La longue liste de grands artisans du genre présent durant le générique de fin peut être vu comme une note d'intention.
Cet aspect jubilatoire est démultiplié par un Kurt Russel au sommet de son art dans un rôle totalement ambivalent.
Du coté du casting, il ne faut surtout pas oublier les nombreuses déesses présentes dans le film à travers leur sensualité mais aussi leurs couilles. Car si pendant une partie du film, Tarantino reprend l’aspect misogyne de ce cinéma d’exploitation, il a très vite le plaisir d’inverser le tout pour faire de Death Proof un pur film badass féministe (d’ailleurs, une des demoiselles porte un t-shirt où "badass cinema" apparaît). Une autre signature du maître qui nous a souvent prouver qu’il adore les héroïnes.
Alors, Death Proof, déception ou non ? C’est une déception si vous venez voir un film d’horreur / d’exploitation intense, ça ne l’est pas si vous êtes fan de Tarantino (même si Death Proof est son œuvre la plus mineure).
Par Hekamiah, Mercredi 25 Juillet 2007 à 16:16 GMT+2 dans Cinéma (article, RSS)







